MAROC : L'ANTI ATLAS
Jeudi 5 février
Je quitte Zagora après la photo de groupe devant le fourgon tout frais repeint par la RN12. Des montagnes noires à gauche, ocres à droite, des champs de pierres entre les deux, parsemés de petits arbres bien courageux.
Le clou de ces 120 km de désert rocailleux est la rencontre avec deux troupeaux de magnifiques dromadaires et de petits laineux de toutes les couleurs ! Tétée au milieu de la route ! Un vrai bonheur !
A l’embranchement vers Foum Zguid, la palmeraie de Lamhamid est complètement dévastée, c’est bien triste ! Les années de sécheresse ont été funestes à bien des oasis.
Le camping « Khayma Park » est caillouteux et planté de palmiers. Il fait 26,5° ! Le vent a été présent toute la journée (bonjour la poussière!).
Petit tour dans LA rue de Foum Zguid, peu de commerces avec légumes.
Nuit très calme, je dors comme un loir !
Vendredi 6 février
J’émerge vers 9h ! Balade dans l’unique rue, vers le sud, jusqu’à la porte de la ville. J’achète quelques légumes, mets à jour le blog, et vaques …
Beau coucher de soleil.
Samedi 7 février
Le vent a soufflé cette nuit. Départ vers Tazenakht par une route montagneuse qui progresse, de vallée en vallée, certaines arides, d’autres avec des palmeraies sauvées de la sécheresse par l’irrigation. De petits troupeaux de chèvres, peu de véhicules. L’Atlas, coiffé de neige, apparaît au loin.
Peu avant Tazenakht, arrêt dans une petite coopérative de femmes (recommandée par le Routard) qui tissent des tapis chez elles (j’en ai vu deux tissant dehors) dans le vieux village, ksar en ruine.
Démonstration de tissage, je m’y essaie sans succès, je casse le fil ! La charmante dame m’offre thé et gâteaux dans une belle cuisine.
A Tazenakht, le marché offre un bon choix de fruits et légumes, j’en profite !
Les écheveaux de laine, destinés au tissage des tapis, sont de très bonne qualité, me dit un vieux monsieur ! Cette ville est le centre marocain du tapis berbère, il y en a partout.
La route vers Talliouine traverse un immense haut plateau ceint de montagnes (enneigées au nord) à la terre rouge.
L’arrivée à Taliouine est spectaculaire : un chaos de collines qui superposent leurs différentes couleurs, un bonheur de géologue !
La ville est en fait une longue rue avec une palmeraie en contrebas. C’est la capitale de « l’or rouge », le safran.
Nuit dans une petite rue tranquille qui domine la vallée encaissée.
Dimanche 8 février
Il pleut ! Le paysage est avalé par les nuages ;;;
Route vers Taroudant, la pluie ne s’arrête que dans sa banlieue. Pas de montagne à voir (dissimulées dans la brume). Le sol se couvre d’une végétation rase et bien verte qui fait le bonheur des jolis moutons à tête noire !
Puis l’agriculture intensive apparaît (et la saleté), grandes serres et tunnel de plastique. Des femmes (ex nomades) vêtues de couleurs gaies sont courbées dans les champs.
Les remparts (blanc/gris à l’extérieur, ocres à l’intérieur) apparaissent soudain ! Ils font 7 km et la renommée de Taroudant.
Garée près d’une des portes, je me rends dans le centre, au grand souk, au marché municipal (souk berbère) et sur la place Assarag où je déjeune en regardant l’animation dominicale.
Hormis ses remparts, Taroudant me déçoit (trop de saleté). Je sors par une autre porte pour suivre de l’extérieur ce dispositif défensif millénaire. La ville est le port saharien d’où arrivaient les caravanes du désert et fut la première capitale des sultans saadiens avant Marakech.
Lundi 9 février
Temps gris, humide.
Route vers Agadir puis bifurcation sur la RN105 en direction de Aït Baha. Le paysage devient très rural, serres plastiques, troupeaux de moutons (sauf une grande usine « ciment du Maroc »). Les grandes collines sont franchies et la route sillonne. Aït Baha apparaît dans la vallée. Le barrage Al Souss met une note nouvelle dans le décor.Les montagnes ont de belles couleurs, beige, ocre, brun. Au loin, on voit les sommets enneigés de l’Atlas. La route est toute neuve et le revêtement parfait. Arrêt déjeuner avec une vue très vaste.
Lacet après lacet, dans ce paysage grandiose où résistent de petits hameaux disséminés, je parviens à la Kasbah Tizourgane, un piton rocheux au milieu de la vallée sur lequel est juché une kasbah. Magnifique ! Celle-ci est restaurée et semble privée. Elle est entourée d’un village en granit du 13ème siècle, au caractère défensif.
Un peu plus loin, je prends de l’eau à une fontaine et achète une bouteille de gaz.
A partir de là, la route n’est plus bonne du tout, elle se réduit à une voie (les bords sont en préparation pour élargissement) sur 20 km.
Après la jonction, la RN 104 est pareille jusqu’à Tafraoute.
On descend dans une vallée assez étroite bordée d’une muraille de grés rose, la vallée des Ammeln. Tafraoute semble une ville vivante et pimpante, bien changée depuis 9 ans ! Je rejoins Isa et Hervé dans la palmeraie.
Pour fêter l’anniversaire d’Isa, on mange une délicieuse tajine chez Nadia, une bonne adresse.
Mardi 10, mercredi 11 et jeudi 12 février.
Après un lever de soleil superbe, visite au souk et au souk des artisans.
Balade dans le paysage. Tafraoute est situé dans un cadre vraiment magnifique : un cirque, où la palmeraie est hélas détruite par les sécheresses, bordé de hautes collines de granit et de grès rose. On ne se lasse pas de l’admirer.
Sur un sommet, se devine une tête de lion … faut bien regarder !
Vendredi 13 février
Visite à Tazzeka, petit hameau à 1,5 km du centre de Tafraoute, de la maison berbère traditionnelle de Mahfoud. Nichée dans la kasbah en ruine, c’est un vrai petit musée : moulin à blé dur, cuisine avec feu ouvert, agadir (rempli de paille par le haut, on se sert dans l’étable au-dessous). Attention à la tête, les portes sont très basses ! Un salon pour les repas et les réceptions, deux terrasses, dont une couverte.
Dans ces murs de pisé, la chaleur est produite par le foyer de la cuisine et l’étable au-dessous. L’été ils absorbent la chaleur, les températures dépassent les 50 degrés de nos jours !
Mahfoud me dit qu’il n’a pas plu depuis 20ans (sauf averses violentes et destructrices) Les amandiers et les arganiers sont morts.
Les fruits de l’arganier étaient utilisés en totalité : la noix torréfiée pour l’huile de cuisine et les coques broyées pour nourrir les animaux.
Route 107 vers Icht pour rejoindre Amtoudi par la RN 12. Le temps est couvert et il pleut par moment. Je m’enfonce dans les montagnes, ça grimpe fort par endroit sur une route étroite en passe d’élargissement.
A Izerbi, je me trompe de route. C’est mal indiqué, du moins pour moi, mon arabe écrit est plutôt médiocre ! Je me retrouve sur la RN 104 vers Tiznit Arrivée sur le haut plateau, le couvercle de nuages cause une visibilité nulle. Arrêt forcé, déjeuner, café, lecture …
A la faveur d’une petite éclaircie, je continue ; dès que l’on descend, le soleil revient. Un barrage créé une retenue d’eau à la couleur du paysage. Rouge !
J’atteins enfin la RN 12 qui est en travaux. Il me reste encore 30km à travers le désert où le vent soulève des nuages de poussière.
Amtoudi me paraît au bout du monde (c’est une impasse). Camping-hôtel en plein vent. Vue un des agadirs très haut perché !
Samedi 14 février
J’ai eu l’impression de passer la nuit dans une essoreuse tant les rafales de vent étaient fortes !
A l’assaut de l’agadir Aït-Aguelouy. J’ai du mal à trouver le sentier qui y mène. J’avise une dame qui balaie devant sa porte, elle délègue son petit garçon qui me met sur le droit chemin ! C’est assez raide, les vues sur la vallée sont très vastes. L’agadir est en fait une place forte. Des murs épais et solides font le tour du piton rocheux.
A la porte, Abdoula m’accueille et m’explique qu’en faisant le tour, je vais voir des citernes, des ruches, des terrasses (restaurées en 2014) et un petit musée. Les greniers individuels sont des petites pièces en enfilade fermées par une porte en bois. C’est très bas de plafond et obscur.
Les ruelles sont étroites et parfois en partie couvertes. Les ruches sont des cases rectangulaires aménagées dans les murs.
Cet agadir date du XIIème siècle. Les habitants du village y entreposaient grain, légumes, dates etc. … à l’abri des ennemis.
Il y a même une petite mosquée à l’entrée et les logements des gardiens.
Les terrasses (en fait les toits) se superposent. Un petit musée rassemble des objets usuels.
Je quitte cet endroit exceptionnel et descend par un autre sentier qui mène aux 2 quartiers d’Amtoudi, de chaque côté d’un oued à sec.
D’en bas, on aperçoit un autre agadir, Id-Aïssa, moins élevé d’une forme étrange.
Le vent est tombé et la chaleur monte l’après-midi.